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Aujourd'hui, je vous parle de l'audition du Sénior.

L'audition est, en effet, un enjeu majeur du bein vieillir.



Mal entendre est un handicap invisible qui est encore décelé tardivement chez les personnes âgées. Malgré les solutions qui existent, la perte d’audition est souvent mal accompagnée faute d’information et de prise de conscience des conséquences qu’elle a sur le plan cognitif.


Les chiffres clés

7 millions de personnes sont confrontées à un déficit auditif en France, soit 11 % de la population.

Les déficiences auditives augmentent néanmoins fortement avec l’âge :

  • 5% des personnes entre25 et 44 ans

  • 12,8% entre 55 et 64 ans

  • 18,7% entre 65 et 74 ans

  • 35% après 75 ans.

En 2035, il y aura 8 millions de malentendants en France

Le rapport de l’OMS sur l’audition En 2021, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) plaçait dans son premier rapport mondial sur l’audition, la déficience auditive en première place des maladies qui entraînent le plus grand nombre d’années d’incapacité. Dans ce rapport, l’OMS insiste notamment sur le fait qu’une déficience auditive non traitée peut avoir de nombreux impacts négatifs sur la santé, tant en matière d’écoute et de communication, que de langage et de parole, de cognition (la surdité est le principal facteur de risque évitable des démences liées à l’âge), d’isolement social et de solitude ou encore d’altération de la santé mentale et de la perception de l’environnement sonore et spatial – laquelle peut aboutir à des pertes de l’équilibre et à une augmentation du risque de chute ; certaines études identifient enfin la surdité comme étant associée à une augmentation du risque de mortalité.


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Très consciente de ces enjeux sanitaires, la Fondation Pour l’Audition œuvre pour une bonne prise en charge de la perte d’audition chez les personnes âgées. Denis Le Squer, Directeur adjoint de la Fondation Pour l’Audition et le Docteur Marie-Josée Duran, directrice du pôle scientifique pour la Recherche, nous expliquent comment.

Pouvez-vous nous rappeler les missions de la Fondation Pour l’Audition ?

Denis Le Squer : La Fondation Pour l’Audition a été fondée en 2015 sous l’impulsion de la famille Bettencourt Meyers et de la Fondation Bettencourt Schueller, pour embrasser très largement la cause de l’audition et des surdités autour de trois axes majeurs : soutenir la recherche scientifique et médicale avec la création de l’Institut de l’audition, sensibiliser le grand public aux enjeux de l’audition et de la préservation du capital auditif à travers des campagnes de communication dans les écoles, la presse et avec de l’affichage.

Dans cette optique, nous avons créé l’application Höra pour permettre à chacun d’évaluer de façon fine son capital auditif et ses troubles de l’audition. Le troisième axe de l’action de la Fondation Pour l’Audition est l’amélioration du quotidien des personnes sourdes et malentendantes.

Nous œuvrons notamment pour le maintien à domicile des personnes malentendantes et luttons contre leur perte d’autonomie. Nous menons des actions pour que les personnes âgées sourdes ou devenues malentendantes, qu’elles soient à domicile ou qu’elles vivent en établissement, bénéficient d’une bonne prise en charge de leur handicap.

Quels types d’actions la Fondation Pour l’Audition mène t-elle pour améliorer la prise en charge de la perte d’audition des personnes âgées ?

Denis Le Squer : Nous menons avec des associations par exemple, des expérimentations dans la Manche que nous espérons pouvoir étendre à tout le territoire national. Elles portent sur la formation du personnel encadrant dans les Ehpad pour qu’il puisse mieux détecter les déficiences auditives, être vigilant sur la bonne utilisation des appareils auditifs, bien communiquer avec le senior devenu sourd et que le parcours de soin de ce dernier soit respecté. L’appareil auditif ne fait pas tout, la personne sourde a des besoins spécifiques qu’il faut connaître pour pouvoir y répondre. Surtout quand on sait que 80% des personnes qui vivent en Ehpad et qui sont appareillées utilisent mal ou pas leur appareil. C’est ce qu’on appelle “la prothèse tiroir”.


Cela paraît étonnant que le personnel qui travaille auprès des personnes âgées ne soit pas formé aux problématiques de l’audition qui est un handicap pourtant très courant quand on vieillit.

Marie-Josée Duran : le personnel soignant a tellement de problématiques à gérer avec les personnes âgées qui sont plus handicapantes dans leur quotidien, que l’audition vient après, voire est oubliée.

C’est un handicap invisible donc ce n’est pas la première chose qui va interpeller le soignant ou l’auxiliaire de vie. De manière générale, nous sommes conscients des méfaits de l’exposition au bruit mais la gestion de la surdité reste encore peu connue.

D’où l’idée de proposer aux personnes qui s’occupent des seniors des outils. Nous avons créé un partenariat avec l’application mobile Minnity – de l’entreprise suédoise du même nom – destinée aux professionnels de l’accompagnement à domicile. Elle a développé, au sein de son application, un module de micro-learnings sur des thématiques telles que l’ostéopathie, la nutrition, la santé auditive avec la Fondation Pour l’Audition. En tant que partenaire de cette partie micro-learnings, nous mettons gratuitement en ligne 3 cours : l’un sur la santé auditive, le deuxième sur la communication avec et pour une personne sourde et le dernier sur l’appareillage auditif. L’application est disponible aux professionnels via un abonnement.


Comment faire pour que la perte d’audition des personnes âgées soit mieux prise en charge ?

Denis Le Squer : Un rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) de novembre 2021 préconise de désigner un référent audition pour chaque Ehpad qui puisse former le personnel aux enjeux de l’audition et au port optimal des aides auditives. Il préconise aussi de procéder à un dépistage systématique pour les personnes âgées qui ne peuvent pas se déplacer. C’est donc un signe que l’audition est au cœur des préoccupations car c’est un enjeu majeur du bien vieillir. D’ailleurs, des initiatives naissent déjà un peu partout en France. Dans le nord par exemple, des audioprothésistes se rendent dans les Ehpad pour former le personnel aux enjeux de la perte de l’audition et désigner un référent audition. Cela a permis de constater qu’après leur intervention, 80% des aides auditives étaient utilisées. La clé, c’est donc la formation


Quels sont les enjeux de santé de la perte auditive pour les personnes âgées ?

Marie Josée Duran : Il a été démontré que la déficience auditive non traitée est un facteur de risque pour développer des démences et un déclin cognitif (voir encadré à la fin de l’article). La bonne nouvelle, c’est que c’est un facteur de risque notifiable, c’est à dire qu’avec la prise en charge des troubles auditifs, on peut réduire le nombre de personnes exposées à ces risques.

Il faut savoir que l’âge moyen du premier équipement se situe autour de 72-75 ans mais qu’entre le moment où l’on est diagnostiqué malentendant et le moment où l’on accepte d’être équipé, il peut parfois se passer entre 7 et 10 ans, ce qui est énorme.

Quand on parle de s’équiper d’un appareil auditif, cela peut être juste donner un casque à chaque senior qui participe à une animation, un atelier de Tous en Tandem par exemple, et que l’animateur ait un micro. Cela permet aux seniors de profiter des bienfaits de l’animation.


Le 100% santé a-t-il eu un impact positif sur le taux d’équipement des seniors en appareil auditif ?

Denis Le Squer : Depuis la mise en place du 100% santé en janvier 2021, le nombre de personnes s’étant équipées d’un appareil auditif a augmenté de 62% par rapport au premier semestre 2019. Il faut voir si cette tendance se pérennise et surtout si les personnes nouvellement équipées font un bon usage de leur appareil auditif. L’enjeu est donc de pouvoir être appareillé et accompagné. Aujourd’hui, les audioprothésistes ne peuvent pas intervenir auprès des personnes âgées dans les Ehpad pour deux raisons : cela met la personne dépendante dans une relation commerciale avec l’audioprothésiste et la seconde raison est que certains équipements des audioprothésistes ne sont pas mobiles. Heureusement, des mesures vont être prochainement prises pour assouplir cette réglementation.


Devrait-on justement faire évoluer le rôle des audioprothésistes pour pallier au manque d’ORL dans certains coins de France ou pour mieux accompagner les seniors qui viennent d’être appareillés et ont besoin de réapprendre à entendre ?

Marie-Josée Duran : La détection de la perte d’audition peut se faire chez un généraliste qui peut prescrire des aides auditives en primo prescription. S’il n’est pas équipé pour procéder à la batterie de tests nécessaire, il peut faire appel à un audioprothésiste en qui il a confiance pour les réaliser. Il y a donc des solutions au cas pas cas.

Idéalement, il faudrait qu’au-delà de la prescription et du réglage de l’appareil, la personne bénéficie d’une rééducation auditive. Mais ce sont plutôt les orthophonistes qui sont habilités à la prendre en charge. Celui-ci va aider la personne à bien interpréter les sons transmis par la prothèse auditive qui ne sont pas naturels. Actuellement, cette rééducation est peu prescrite pour les personnes âgées car la prise en charge est mal organisée. Elle est pourtant nécessaire. La Fondation Pour l’Audition a mis en place avec la fédération des orthophonistes la plateforme Orthophonie et Surdité qui rassemble du contenu pour mieux former les orthophonistes à la prise en charge de la surdité chez l’enfant et chez l’adulte. Aujourd’hui, il y a environ 2 000 orthophonistes formés spécifiquement à cette rééducation.


Tous en Tandem organise des ateliers culturels pour les personnes âgées animés par des étudiants. La perte de l’audition est un enjeu qui touche aujourd’hui toutes les générations.
Comment faire de la rencontre entre les générations un moment de prévention à la perte de l’audition ?

Denis Le Squer : Les jeunes doivent être les ambassadeurs de ces sujets auprès des autres générations et présenter l’audition comme un moyen de conserver le lien social. C’est à la société toute entière de prendre en compte ces handicaps. Pour pouvoir communiquer avec les personnes âgées qu’ils rencontrent lors de leurs ateliers, les Tandémiens peuvent se former avec les outils que nous proposons à la communication avec les personnes malentendantes pour que les personnes âgées puissent profiter au mieux de l’atelier et en recevoir tous les bienfaits.

La perte d’audition des personnes âgées est donc un enjeu sanitaire immense qui doit être pris en compte par les professionnels qui les entoure mais aussi par toutes les générations qui côtoient les personnes âgées. Tous en Tandem, acteur du bien vieillir des seniors, participe à éveil de la conscience de ses étudiants à ces enjeux sanitaires et sociaux d’avenir.


En complément: La prise en charge des prothèses auditives

Comment financer ses appareils auditifs ? Depuis le 1 janvier 2021, la 100% santé ou zéro reste à charge est totalement effectif. Il permet de lever le frein financier pour faciliter l'appareillage. Dans le cadre du dispositif, l'audioprothèsite D.E va vous proposer en priorité les solutions auditives référencées dans la classe 1 ; c'est-à-dire celles totalement prises en charge. Leur prix est cadré et il a été fixé à 950 euros par appareil. Le forfait sécurité sociale s'élève à 240 euros. La complémentaire santé vient compléter. Dans le domaine de l'audition, les prises en charge s'entendent toujours par oreille. Tous les types d'appareils sont concernés : inta-auriculaires ; contours d'oreilles classiques, contours d'oreilles à écouteur déporté. Les prothèses auditives ou appareils auditifs ou aides auditives référencés en classe 1 doivent obligatoirement comporter :

  • 12 canaux de réglages pour assurer une adéquation de la correction au trouble auditif

  • au moins 3 options suivantes : système anti-acouphènes / connectivité sans fils (bluetooth) /réducteur de bruit / sysnchronisation binaurale / directivité microphonique adaptative / bande passante élargie supérieure ou égale à 6 000 Hz / fonction apprentissage de sonie, dispositif antirévebération.

Les audioprothèses de classe 1 sont alimentées par piles. Les appareils auditives de classe 2 sont munis quant à eux

  • de plus de canaux

  • de technologies intégrant les capteurs de biorythme, capteurs de chute et d' lntelligence artificielle.

  • de la modalité rechargeable

Les prix des appareils auditifs de la classe 2 sont théoriquement libres. Toutefois, les accords entre les professionnels et les organismes complémentaires limitent la prise en charge totale (assurance maladie obligatoire et complémentaire) à 1 700 euros par oreille à appareiller. La base du forfait sécurité sociale reste à 240 euros. La Période d'essai Le dispositif 100% santé prévoit que le patient bénéficie de 30 jours minimum de l'appareil auditif avant acquisition. La durée de garantie et le rénouvellement La durée de garantie et la durée minimale avant renouvellement de la prise en charge par l'assurance maladie sont fixés à 4 ans. Avant l'achat, l'audioprothsiste doit :

  • procéder aux prestations préalables : examen, tests et essai

  • transmettre un devis normalisé

  • la marque, le modèle, la référence commerciale et la classe de l'appareil proposé, sa durée de garantie et son prix incluant tous les accessoires indispensables ou optionnels à son fonctionnement, et ce pour chaque appareil en cas d'appareillage des deux oreilles ;

  • la nature des prestations d'adaptation indissociables de l'appareil proposé, nécessaires à son adaptation initiale et à son suivi périodique, et leurs prix ;

  • le prix total à payer et les modalités de prise en charge par l'Assurance Maladie.


L'appareillage et le suivi s'entendent avec les prestations suivantes :

  • la prise d'empreinte des conduits auditifs ;

  • les essais, le contrôle, l'ajustement de l'appareil ;

  • l’adaptation progressive du réglage pour une meilleure personnalisation

  • diverses informations sur l’utilisation, la manipulation et l’entretien

  • la gestion administrative de votre dossier

  • des séances de contrôle au 3e, 6e et 12e mois après la délivrance de l'appareil.

Le suivi audioprothtique est inclus tout au long de la durée de vie des appareils. Pour les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire Les audioprothésistes doivent proposer un appareil auditif au prix de 800 euros. Cet appareil doit correspondre au minium aux caractéristiques de la classe 1 ou de la classe 2. Mais attention, la différence entre la couverture sociale et le prix de la classe 2 sera de votre poche. Pour les moins de 20 ans, la prise en charge par l'assurance maladie est fixée à 1 400 euros que ce soit pour les appareils de classe 1 ou de classe 2. N'hésistez pas à vous renseigner auprès de la MDPH, des services d'acton sociale de la sécurité sociale ou du centre d'action communal d'actions sociale de votre ville, ou si vous êtes en situation de travail de la mission handicap ou des ressources humaines de votre entreprise.


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